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La psychologie de la personne alcoolique
On appelle prétérition la façon d'exprimer à l'envers ce que l'on ne boit pas. Même demandeur de soins, l'alcoolique ne peut exprimer la vérité complète sur sa boisson : il exprimera plutôt ce qu'il ne boit pas ('jamais de whisky'), quand il ne boit pas ('jamais le matin'), là où il ne boit pas ('jamais au travail'). Il utilisera des expressions inverses de ce qu'il veut exprimer ('Je me suis arrêté déjà de nombreuses fois' = j'ai déjà rechuté à plusieurs reprises) ou encore changera le temps de l'action (vers le passé ou l'avenir) pour ne pas parler du présent (trop douloureux pour lui-même). Enfin souvent, il cite les autres pour exprimer ce qu'il ne peut pas exprimer ('Ma femme dit que je bois') ; éventuellement, il se fera accompagner pour que l'autre personne dise la vérité à sa place.
L'alcoolisme caché et la solitude
Ce qui ne peut se dire ne peut se laisser voir. Car la pudeur n'est pas que linguistique. Comme l'acte sexuel de chacun, l'acte de boire de l'alcoolique ne peut se montrer. Sous le registre de la chose honteuse, non symbolisée, le dire, comme le faire, doit être exclu de la scène sociale. Ces pratiques peuvent à long terme conduire à la dépression alcoolique.
L'acte de boire, ne pouvant ni se dire, ni se laisser voir, le secret et la solitude finissent par s'imposer. Il serait bon alors de se confier à quelqu'un, famille ou médecin sous peine de vivre la dépression alcoolique. Mais plus c'est nécessaire, plus c'est impossible.
Il reste au patient, pour lutter contre la dépression alcoolique, de valider son geste à la recherche d'un rituel d'accompagnement qui puisse figurer un lien avec le social. Il maquille ses prises d'alcool derrière la pseudo-légitimité d'usages convenus : le tiercé, la partie de cartes ou de boules... Cette utilisation détournée des rites et des motifs conviviaux préserve, dans les apparences, les normes du groupe.
Une autre stratégie consiste à rechercher des lieux, des moments, des contextes où la démesure est reconnue. Les alcooliques vont vers d'autres alcooliques, efficace recours contre la dépression alcoolique que provoque toujours l'isolement.
La dépression alcoolique
Quand le besoin est permanent, l'obéissance au corps aussi complète que la soumission de l'esprit, le secret et la solitude et la dépression alcoolique finissent par s'imposer. Une culpabilité entraînant un état de dépression alcoolique perturbe constamment la relation avec les autres. En même temps que l'évidence d'une surconsommation ne trompe personne, le patient persiste dans ses dénégations.
Le couple évolue vers la méfiance hostile et la rancune réciproque, communes à tout défaut de communication menant elle même vers la dépression alcoolique. Le patient écartera, coûte que coûte, toute allusion à l'alcool. Il ne sera pas en manque d'explications pour lesquelles il est tout prêt à se remettre en question, d'autant plus que s'accentue sa dépendance morale, son besoin de soutien matériel et affectif. Les alcooliques, accaparés par l'alcool n'ont pas tendance à quitter par eux-mêmes un foyer, parental ou conjugal même s'ils n'y sont souvent plus désirés et sont toujours contestés.