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Alcoolisme, l’alcool, le meilleur ennemi de l'homme
En France, l’alcoolisme provoque 45 000 décès, dont 80 % chez les hommes. Malgré ces chiffres alarmants, la prévention par rapport à l’alcoolisme peine à passer auprès de la gent masculine. A l’origine de ce problème, la relation "affective, virile et culturelle" qu’ils entretiennent avec l’alcoolisme et leur difficulté à en apprécier les risques.
L’alcoolisme provoque 23 000 décès par an par cancer, cirrhose ou alcool-dépendance. Mais outre ces morts qui lui sont directement imputables, il agit comme facteur associé dans 45 000 décès dont 38 000 sont des hommes.
Le meilleur ennemi de l’homme
La consommation excessive d’alcool est ainsi responsable du décès d’un homme sur 7. Pour la tranche d’âge de 45 à 65 ans, plus d’un homme sur quatre meurt des suites d’une consommation excessive d’alcool.
Quelques chiffres permettent d’élucider en partie l’origine de cette inégalité homme/femme face aux ravages de l’alcoolisme :
Les hommes sont deux fois plus nombreux que les femmes à boire de l’alcool tous les jours.
Ils sont trois fois plus souvent ivres que les femmes.
Le risque de dépendance est trois fois plus élevé chez les hommes.
Les hommes reconnaissent avoir bu la veille 2,9 verres en moyenne.
Le vin est la boisson la plus consommée mais la bière est la boisson la plus masculine.
Conscient de ce problème de santé publique, l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé a commandé une enquête sur les liaisons dangereuses qu’entretenaient les hommes avec l’alcoolisme.
Au coeur de l’identité masculine et française
L’institut Sorgem a ainsi réalisé auprès de 25 buveurs excessifs de 25 à 60 ans une enquête qualitative afin de mieux appréhender les comportements, représentations et attitudes des hommes face à l’alcoolisme. Outre la recherche de l’ivresse, l’alcool est perçu comme "indissociable de la culture française traditionnelle". Pour la plupart des hommes interviewés, l’alcool a une "dimension symbolique et généalogique très forte", pas de rapport avec l’alcoolisme. Le vin est ainsi érigé au rang de rempart d’un certain art de vivre à la française en train de se perdre. La transmission de père en fils revêt également une importance considérable : "l’alcool est un lien grâce auquel on devient l’héritier du père et membre de la fratrie des hommes". Valeurs familiales, symbole de virilité, héritage familial, transmission de père en fils… se mêlent et provoquent un attachement identitaire, qui représente un obstacle important aux messages de prévention et à la prise en compte des dangers d’une consommation excessive.
L’excès d’alcool, c’est les autres !
L’attachement affectif avec l’alcool est si fort que certains messages de prévention se heurtent à un système de croyances très résistant et sont ainsi accueillis avec scepticisme ou incrédulité. "Le vin c’est plus pris comme un aliment que comme un alcool (…) c’est comme la publicité : du pain, du vin, du Boursin" ou "Pour moi, la bière, c’est de l’eau et aussi beaucoup de céréales" déclarent ainsi les hommes interviewés. L’enquête a pu souligner la tendance à sous-estimer systématiquement sa propre consommation, pour ne pas se compter parmi les buveurs excessifs souffrant d’alcoolisme. Cette attitude permet de minimiser les conséquences de cette consommation sur la santé et de faire bonne figure face à l’alcoolisme.
La bière et le vin sont ainsi souvent considérés comme inoffensifs et ne faisant pas partie des alcools menant à l’alcoolisme. Leurs consommateurs résistent ainsi fortement à l’idée de réduire leur consommation quotidienne, qu’ils associent à "un certain mode de vie", pas à de l’alcoolisme. L’excès et la modération deviennent ainsi des données subjectives. "La limite, c’est pas évident, parce que chaque personne a sa limite".
Une campagne de communication dans la presse masculine a été lancée en juin sous le titre "Bois moins si tu es un homme" accompagnée d’une diffusion du dépliant "Etes-vous sûr de tout connaître sur les risques liés à l’alcool ?". Une question incontournable quand on estime que 5 millions de Français sont en difficulté avec l’alcoolisme.